La musique « sur la terre comme au ciel »

Gill Daudé

D’après St Augustin[1]

musique création

La musique universelle selon les principes platoniciens

Pour les pythagoriciens et autres néoplatoniciens, il y aurait une musique universelle, silencieuse,  dont la musique sonore n’est qu’un pâle reflet. La musique véritable serait celle qui organise toute la réalité visible et invisible selon l’unité, l’harmonie et l’ordre. La musique a à voir avec la cosmologie autant qu’avec la psychologie : à l’harmonie des astres correspond celle de l’âme.

L’âme est donc appelée se libérer de la matérialité du son comme d’une prison, pour s’élever degré par degré jusqu’à atteindre, dans une forme d’extase, la musique silencieuse, immortelle, divine. C’est la contemplation. Le véritable musicien a cette capacité à conduire son auditeur vers cette musique divine.

En ce sens, la musique sonore s’accomplit au point d’orgue, lorsque le silence s’installe après la musique. Qui n’a pas fait ce genre d’expérience esthétique si proche de l’expérience mystique ?

La musique comme création

Cependant, le chemin vers Dieu n’est pas la musique et la musique n’est pas une émanation divine pour le chrétien. Si la musique nous fait appréhender une réalité autre, divine peut-être, elle ne nous permet pas de l’atteindre. La musique est du côté de la chose créée et non du créateur.

Comme toute chose créée, sa matérialité est voulue par Dieu et confirmée par la résurrection « de la chair ». Mais comme toute chose créée, la musique peut se transformer en force de séduction. L’âme doit être vigilante. Et si l’humain, devient à son tour créateur de musique, c’est bien en tant que lui-même créature, image de Dieu.

Il y a donc une dimension éthique, une vocation éducatrice, et un effet curatif de la musique.

Confiée à la responsabilité humaine comme toute la création, la musique révèle les joies comme les angoisses, elle canalise (ou manipule) les passions bonnes ou mauvaises, elle génère (ou détruit) la vie commune, et ses mouvements s’accordent (ou discordent) avec ceux de l’âme.

La musique et l’incarnation

Dieu s’est fait chair, comme le dit l’évangile de Jean. Si la musique ne conduit pas à Dieu, Dieu lui, se révèle dans la musique. Il vient habiter notre monde tel qu’il est, donc notre musique, telle qu’elle est.

La musique est le lieu où Dieu rencontre l’homme, le confirme dans sa condition de créature renouvelée dans l’espérance du salut. Elle est aussi le lieu où l’homme s’ouvre à sa vocation nouvelle de témoin confessant et servant.

Toutes les dimensions de son être sont embarquées dans cette espérance, sa musique aussi, transfigurée par l’Esprit Saint. Inutile donc de créer un « style chrétien ». Dieu nous rencontre dans notre musique.

Gill Daudé, pasteur de l’Église protestante unie de France

[1] Cette fiche est inspirée d’un mémoire sur « St Augustin, la musique et le chant ». Aix en Provence 1987.

Télécharger ce texte en pdf : La musique sur la terre

Copyright © 2014 - Eglise Protestante Unie de France - Tous droits réservés