Les fonctions de la musique selon Saint Augustin

Gill Daudé  

St Augustin avait une grande préoccupation : retrouver l’unité cachée sous l’infinie diversité qui s’offrait à lui. Unité intérieure de l’individu autant qu’unité sociale, ecclésiale. Une des raisons qui le poussait à accorder une importance à la musique et au chant, et à se décaler des autres pères de son temps.

Saint Augustin

Expression de la tension eschatologique

Le chrétien a reçu « l’amour des belles choses » parce qu’il les sait créations de Dieu. Mais il est pris en tensions :

  • Entre son désir du beau et son incapacité à le produire. Il reconnait la beauté de l’harmonie, mais sa vie est peu harmonisée sur son créateur et son sauveur. Sa musique et son chant aussi.
  • Entre le créé et l’incréé : il en mesure la distance sans sa vie, sa musique et son chant de pécheur.
  • Entre l’amour du beau et la séduction du beau.

La musique est le lieu même où le chrétien est tendu vers l’accomplissement du moment où Dieu sera tout en tous[1]. Le chant du chrétien est eschatologique. Au temps de St Augustin, le deuil du carême et l’éclatement joyeux de la jubilation pascale étaient là pour l’exprimer.

Fonction diaconale

La musique et le chant sont des services rendus au prochain. Ils donnent l’occasion aux hommes de se retrouver, de se socialiser, de symboliser et d’unifier dans un chant ou une musique leur personne et leur sentiment profond, voire d’être soulagés de quelque souffrance (cf. David soulageant Saül avec sa lyre).

Mais la musique peut devenir séductrice, manipulatrice, outils de prise de pouvoir, prétexte à honneurs et gains démesurés. L’Évangile lui donne une éthique : gratuite comme le salut offert, elle est respectueuse et responsabilisante à l’image du Christ.

Fonction cultuelle-kérygmatique

La musique et le chant sont le lieu privilégié où s’unissent et se concentrent la louange, la prière et l’attente du chrétien. L’unité de la communauté (et de la personne) trouve un écho dans l’harmonie de son chant (cf. le chant des psaumes).

Mais le chant est aussi la pointe de la prédication de l’Église du Christ : c’est ce que l’on retient et qui vous imprègne. Une confession qui atteint au cœur et resurgit du cœur en témoignage partagé, universel.

Fonction rituelle

La musique et le chant rassemblent, expriment et symbolisent tout le non-dit de la personne comme de la communauté. Ce qui est inexprimable dans le langage et les rituels codifiés de la vie et de l’Eglise, se disent dans la musique et le chant, concentrant une forte charge symbolique.

L’important n’est pas alors ce qui s’exprime dans les paroles, ni dans l’organisation rationnelle de la mélodie ou de l’harmonie, mais plutôt la puissance émotive de l’émission sonore et de son audition. Au temps de St Augustin, la jubilation pascale se développait à l’infini dans des alléluias. Aujourd’hui, le chant en langue charismatique en est sans doute une autre forme.

[1] Devant le trône divin, on chante ! (cf. Apocalypse).

 

Gill Daudé, pasteur de l’Eglise protestante unie de France

Télécharger ce texte en pdf : Les fonctions musicales selon Augustin

 

 

Copyright © 2014 - Eglise Protestante Unie de France - Tous droits réservés