Louez Dieu au son de la trompette

Andreas Lof  

Les instruments de musique au service du culte – repères bibliques et historiques

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Qui ne connaît pas le psaume 150 qui termine le psautier d’Israël? Dans ce psaume les croyants sont invités à louer l’Éternel avec des instruments de musique. En Israël la louange envers Dieu a été, au moins dans le Temple de Jérusalem, soutenue par des instruments très divers. Dans ce fichier vous trouverez quelques indications sur la place des instruments dans la bible et dans l’histoire de l’Eglise. De la harpe de David à la guitare électrique, les instruments de musique ont toujours accompagné le chant du peuple de Dieu !

1. Le Premier Testament

Le Psaume 150 évoque sept instruments destinés à soutenir la louange du peuple dans le Temple de Salomon (surtout les jours de fêtes ?) : la trompette, le luth, la harpe, le tambourin, des instruments à corde, la flûte et la cymbale. On peut ici distinguer trois types d’instruments dans cette énumération : des instruments à vent, des instruments à cordes, des instruments de percussion.

L’origine de ces instruments est à chercher en Egypte. Sur la peinture égyptienne des deux milleniums avant Jésus-Christ on découvre déjà la plupart de ces instruments (et au Louvre vous pouvez admirer une harpe, une flute, des cymbales du temps de David !).

Le livre de Samuel présente le roi David comme un musicien. Il joue la harpe pour le roi Saül (1 Sam 16,23). Bon nombre des psaumes sont attribués au roi David.

Plusieurs psaumes sont accompagnés d’indications adressés aux musiciens. Par exemple, le Psaume 6 : « Au chef des chantres. Avec des instruments à cordes. Sur la harpe à huit cordes. Psaume de David ». Le sens exact de certaines indications musicales au début des psaumes est mal connu. Certains instruments de musique comme le Shofar (instrument à vent en forme de corne d’un buffle) étaient utilisés pour convoquer le peuple.

2. A l’époque de Jésus

Le grand Temple de Hérode disposait de chantres, chœurs et  instruments de musique pour soutenir et embellir la prière du peuple et pour accompagner les sacrifices des prêtres. On ne trouve aucune allusion dans le NT à ces pratiques musicales du Temple d’Hérode. De Jésus et ses disciples il est seulement dit qu’ils chantaient des psaumes à l’occasion du dernier repas de Pâques à Jérusalem (Marc 14,26).

Dans la synagogue se développe une forme de prière autour du Torah où le chant et le rôle des instruments de musique est très restreint ou absent.

3. Les premières communautés chrétiennes

Les premiers chrétiens à Jérusalem participaient à la vie liturgique au Temple mais se réunissaient surtout dans des maisons. Le chant y avait probablement sa place (psaumes et hymnes au Christ). Pourtant, les Actes des apôtres  ne nous apprennent rien sur les chants et les pratiques musicales des premiers chrétiens.

L’apôtre Paul fait des allusions aux chants des premiers chrétiens quand il écrit « instruisez-vous par des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels (Col 3, 16 cf Eph 5, 19). Mais chez Paul il n’est jamais question d’instruments de musique pour accompagner ces chants. Ni ailleurs dans le Nouveau Testament. A noter : il y a des églises comme l’Eglise du Christ aux États-Unis  qui excluent pour cette raison tout instrument de musique de leur culte !

Par contre, la trompette est évoqué par Paul ( I Thess 4, 16) et le livre d’Apocalypse (ch 8, 6) en rapport aux événements de la fin des temps (en continuation avec le rôle du Shofar en Israël).

4. Les premiers siècles

Quand le christianisme est devenu religion officiel dans l’Empire Romain (IVe siècle), un père d’Eglise, Ambroise de Milan, crée un répertoire d’hymnes chrétiens pour faire chanter l’assemblée (plusieurs ont traversé le temps jusqu’à nous, par exemple Veni Creator Spiritus). Malheureusement nous ne savons pas si des instruments accompagnaient ces chants.

Saint Augustin écrit au IV siècle un traité chrétien sur la musique qui est d’abord une réflexion philosophique en dialogue avec la philosophie grecque.

5. Le Moyen Âge

Les moines chantent quotidiennement dans leurs monastères la divine liturgie en donnant une place très importante aux psaumes.

Inventé dans l’Antiquité, l’orgue fait son entrée en Europe dès le 8e siècle sous forme d’un petit instrument : un ou plusieurs rangés de flûtes ou tuyaux, clavier, soufflerie à main, facile à porter et déplacer (d’où le nom ‘portatif’). Pour la petite histoire, la traduction grec du premier testament traduit flûtes par ‘organon’ d’où le nom ‘orgue’.

L’existence de l’orgue portatif est bien attestée (tapisseries, enluminures) pour le Moyen Age dans les châteaux et dans les églises. Assez vite il va prendre une place privilégiée pour soutenir le chant religieux à cause de sa capacité de créer des sons soutenus proche de la voix humaine et de créer des harmonies à plusieurs voix.

L’orgue se développe au fil des siècles vers un instrument de plus en plus complexe et riche en sonorité diverses. La raison principale de cette évolution impressionnante est cette utilité de l’orgue à accompagner le chant religieux dans les églises.

Le chant monodique du grégorien des moines (inspiré par la réforme du pape Grégoire au début du Moyen Age) va, dès le 12e siècle, petit à petit donner place à l’art nouveau de chanter à plusieurs voix : la polyphonie,  art pratiqué dans l’espace des cathédrales (par exemple, l’Ecole de Notre Dame de Paris).

Cet art nouveau de la polyphonie se développera surtout dans l’espace franco-flamande (Dufy, Ockeghem, du Prés), rayonnera bientôt sur l’Italie et trouvera son épanouissement avec la Renaissance.

6. La Renaissance

A cette époque, se produiront deux évolutions importantes sur un plan musical :

  • l’imprimerie permet de multiplier et de diffuser les partitions musicales (des 1524) parmi des couches nouvelles de la population
  • la musique instrumentale prend un essor avec l’invention d’instruments nouveaux comme le violon, le clavecin et le perfectionnement d’autres comme, la flute, la guitare, l’orgue.

La nouvelle musique polyphonique est exécutée autant par les voix que par des instruments de musique ou par les deux en même temps.

Les grandes églises, notamment en Italie, accueillent le violon comme instrument d’accompagnement des chœurs, par exemple dans le Saint Marc de Venise (frères Gabrieli, Vivaldi) ou pour des concerts sacrés. Heinrich Schütz (1585-1672) introduit la nouvelle musique italienne en Allemagne et crée une musique sacrée fondée sur la foi luthérienne (des passions, des cantates) qui préparera la musique baroque de JS Bach.

7. Le Luthéranisme

Pour Luther le chant et la musique sont un don de Dieu et un soutien spirituel majeur pour le croyant. Il souhaite faire participer toute l’assemblée au culte (dans une réponse à l’annonce de la grâce) avec des chants facile à retenir, chantés en allemand et non plus en latin. Suivant l’impulsion de Luther, l’église luthérienne créera un très vaste  répertoire de cantiques spirituels qui s’inspirera principalement des grandes fêtes chrétiennes.

Les cantiques luthériens ont des mélodies simples à chanter et à mémoriser. Ils ont été dès le temps de Luther harmonisés à 4 voix (adoptant la polyphonie de la Renaissance). Ainsi naîtra le choral luthérien qui sera le socle des chants d’églises protestantes pour les siècles à venir.

C’est surtout l’orgue, arrivé au 18e siècle à sa pleine maturité avec des imposants et magnifiques instruments (surtout dans le nord de l’Europe) qui soutiennent le chant de l’assemblée luthérienne. Il prélude avec ses sonorités majestueuses ou intériorisées sur les chorals à entonner par les croyants et se fait entendre au début et à la fin du culte.

Les passions et les cantates de JS Bach nous rappellent la place importante donnée aux instruments (violons, flûtes, trompettes, hautbois, etc.) dans le culte luthérien du 17e et du 18e siècle.

8. La tradition calviniste

Jean Calvin est beaucoup plus réservé sur le rôle de la musique et la participation des instruments de musique que Luther. Il préfère que l’assemblée chante principalement des psaumes (donc la Parole de Dieu et non pas textes inventés par les hommes !) et cela d’une seule voix. Il publie à  Strasbourg  en 1539 « dix huit psaumes » versifiés en français pour l’assemblée.

Clément Marot, Théodore de Bèze et d’autres continuent à versifier les psaumes en français, ensuite harmonisées à quatre voix  par des musiciens comme Claude Le Jeune et Goudimel pour qu’ils soient chantés par le chœur ou par l’assemblée. Ainsi naîtra à travers plusieurs étapes le « Psautier de Genève »  (1562) qui sera l’unique répertoire musical du culte réformé pour les siècles à venir (avec quelques hymnes tirés du NT comme le Magnificat, le Cantique de Siméon et le Notre Père).

9. L’Anglicanisme

L’Église anglicane produira son propre répertoire de cantiques pour faire chanter le peuple (The Book of Common Prayer 1552). Il inclura psaumes et cantiques et des éléments liturgiques de la messe anglicane. Elle s’inspire du style développé en Allemagne et à Genève tout en conservant une certaine continuité avec la tradition du chant des cathédrales et des monastères.

10. La période du Réveil

Bien que l’orgue sera le principal instrument à accompagner le culte protestant au 18e et 19e siècle, le piano aura un tel popularité au 19e siècle qu’il trouvera sa place pour accompagner le culte dans des pays anglo-saxon (Angleterre, Etats-Unis), notamment dans des églises de réveil (Méthodistes et autres).

A la fin du 19e siècle c’est aussi l’harmonium, inventé en France, trouvera son chemin vers des petites églises du réveil en Europe et aux États-Unis. Ces deux instruments ont l’avantage pour des petites églises de pouvoir accompagner des petits assemblés et d’être nettement moins chers que les grandes orgues du passé !

11. Renouvellements liturgiques

Les églises historiques (luthériennes, réformées) restent au XX siècle très attachées à l’orgue comme instrument pour accompagner le chant de l’assemblée. Le mouvement européen de restauration des orgues baroques (initié par Albert Schweitzer) remet à l’honneur les instruments anciens. Dans les églises évangéliques une diversité d’instruments est utilisée : piano, orgue électronique, guitare et guitare électronique, flute, batterie…

Le renouvellement liturgique des années soixante mène certaines églises historiques à introduire le piano. D’autres expérimentent avec guitare (électrique), flûte et batterie pour attirer les jeunes. Le répertoire classique de la Réforme et du piétisme du 18e et 19e siècle s’élargit avec des chants plus rythmés et variés en phase avec la vie contemporaine. Ces chants s’accompagnent souvent mieux au piano ou à la guitare qu’à l’orgue. Dans les églises historiques l’orgue reste souvent l’instrument principal pour accompagner l’assemblée dans sa louange.

 

Andreas Lof
Pasteur de l’Église protestante unie de France

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